J'ai mis toute ma vie pour comprendre cette phrase. C'est pas parce qu'on souffre qu'on est légitime. Ce n'est pas parce que on ne crève pas de faim et qu'on ne souffre pas du racisme qu'on a pas le droit de gueuler contre. Ce n'est pas parce qu'on ne s'ouvre pas les veines qu'on ne peut pas se sentir concerné par le suicide. Et ce n'est pas parce qu'on ne souffre pas qu'on a pas le droit une profondeur et le droit de critiquer le monde. J'ai toujours pensé qu'en étant heureux, on avait aucun droit de s'engager dans une cause ou d'empêcher quelqu'un de faire des conneries. Mais c'est faux. On ne doit pas forcement avoir vecu la souffrance pour l'empêcher. Car après tout, c'est à la mode de s'ouvrir les veines. Même Lorie s'en est rendu compte. Alors c'est pour dire. J'ai toujours cru qu'avoir eu mal c'est avoir vécu. Je comprenais la souffrance des adultes, mais je me regardais honteuse, tout en culpabilisant d'être si joyeuse alors que je voyais les autres pleurer. Et puis voilà. Il y a deux ans, ça a changé. Je ne reviendrais pas sur ça. Je crois juste que ça m'a changé. Et que ma vision des choses s'est transformé.
C'est pas parce qu'on souffre qu'on est légitime
Abd Al MalikJ'ai eu mal. Je suis tombé dans un trou. J'étais loin du fond, mais je tombais, lentement. Et petit à petit ma chute s'est acceléré. Je pleurais. Je souffrais. Et puis j'ai compris.Souffrir, ça n'accordait pas de repit, c'était inevitable, certe. Mais c'est surtout inutile. Je me suis mise à me regarder differemment. Je ne devais plus me juger. J'avais droit au bonheur. J'ai été pathetique. J'ai été conne. J'ai fait des erreurs. Mais je me suis mise à m'assumer. Et puis là, dans ma chute, j'ai attrapé une branche d'arbre. Et je me suis rendu compte que j'étais tombé trop longtemps. Mais que je pouvais remonter à la surface. Et d'un coup, j'ai vu des bras surgir. Ils me tendaient la main. Et j'ai compris que ces mains avaient toujours été là. Même si j'étais trop enfermé sur moi même pour m'en rendre compte. Et encore maintenant je remonte. Des fois, je sens les larmes affluer à mes yeux. Mais je tourne la tête et je souris. J'ai le droit d'être à part entière et d'être heureuse. La confort du malheur n'est pas pour moi. J'peux l'dire. J'aime vivre. Et j'ai compris cette phrase.